05/04/2017 – Industrie du luxe : des engagements à renforcer contre la corruption et le blanchiment d’argent 

05/04/2017 – Industrie du luxe : des engagements à renforcer contre la corruption et le blanchiment d’argent 

Transparency International appelle à des actions urgentes pour lutter contre l’argent sale circulant dans le marché du luxe.

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A Berlin, le 3 avril 2017 – L’industrie du luxe – des joaillers aux agents immobiliers en passant par les constructeurs de yachts et les diamantaires – n’est pas assez vigilante sur la provenance des fonds utilisés par leurs clients pour effectuer des achats haut de gamme.

C’est le constat dressé par le nouveau rapport du mouvement de lutte contre la corruption Transparency International, « Trésors viciés : le risque de blanchiment d’argent dans le marché du luxe ». Ce rapport montre que peu de vérifications préalables sur la situation des acheteurs sont effectuées, et que lorsqu’il existe des lois dans ce domaine, elles sont peu appliquées.

Transparency International appelle les gouvernements des pays très exposés, notamment la Chine, le Japon, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, à légiférer pour imposer un devoir de vigilance lors des ventes de biens jugés à haut risques, et à créer une autorité spécifique pour s’assurer de la bonne application de ces mesures.

« Pour les personnalités corrompues, l’industrie du luxe n’est pas qu’un instrument au service du blanchiment d’argent. Au contraire, la tendance des kleptocrates à vouloir amasser rapidement des millions en immobilier de luxe, en voitures de sport et en œuvres d’art montre que le désir de posséder des objets de luxe peut être un facteur de corruption en soi. Le marché du luxe a la responsabilité d’empêcher que les fonds publics d’un pays, qui auraient pu être alloués au secteur éducatif ou hospitalier, ne soient dilapidés en produits de luxe, même si cela signifie une baisse de leur chiffre d’affaires. » a déclaré le président de Transparency International, José Ugaz.

José Ugaz, Président de Transparency International

Les données récentes montrent les limites et les failles des procédures actuelles de vigilance. Par exemple :

  • Malgré les accusations de détournement de fonds publics, faisant suite à des années d’enquêtes médiatisées, le vice-président de la guinée Equatoriale, Teodorin Obiang, continue d’acquérir des biens immobiliers et des voitures coûteuses. Certains de ces biens lui ont déjà été régulièrement confisqués à Malibu, Genève et Paris.

« Le dossier des biens mal acquis et en particulier l’enquête menée sur le patrimoine accumulé en France par Teodorin Obiang montre que des produits de luxe, automobiles, montres, œuvres d’art peuvent être utilisés pour blanchir de l’argent mal acquis. Il est donc indispensable d’étendre les procédures anti blanchiment au marché des produits de luxe, comme cela a été fait pour l’immobilier. « 

Daniel Lebègue, Président de Transparency France
  • On estime que 100 milliards d’euros sont blanchis en Allemagne chaque année. Selon une étude commandée par le Ministère des Finances allemand en 2016, la majorité de ces transactions concernent des propriétés immobilières, des voitures, des œuvres d’art, des yachts et autres biens de luxe.
  • Au Royaume-Uni, de septembre 2013 à septembre 2014, les salles de ventes aux enchères n’ont déposé que 15 dossiers de signalement d’opérations suspectes sur les 381 882 signalement déposés tous secteurs d’activité confondus, et il semble qu’aucune maison de vente aux enchères ou galerie d’art n’a fait l’objet de poursuites judiciaires à ce sujet’.
  • Au Japon en 2014, les agents immobiliers n’ont signalé qu’une seule opération suspecte sur un total de 377 513.
  • A  Anvers en Belgique, haut lieu du commerce diamantaire mondial, aucun signalement d’activité suspecte n’a été effectué par l’industrie des pierres précieuses jusqu’en 2014, bien que le marché soit considéré à haut-risque pour le blanchiment d’argent.

L’utilisation répandue de sociétés écran pour masquer les véritables bénéficiaires de ces biens ainsi que la tradition de discrétion et de confidentialité dans l’industrie du luxe, constituent des signaux d’alerte importants. Dans les secteurs des bijoux précieux ou des accessoires de luxe, composés des produits de grande valeur facilement transportables, les mesures de lutte contre le blanchiment d’argent sont peu nombreuses.

Malgré ces risques, les mesures de lutte contre le blanchiment d’argent sont limitées dans des pays leader sur le marché du luxe comme la Chine, le Japon et les Etats-Unis. Dans les pays où une législation en la matière est au moins partiellement appliquée, comme la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, leur mise en œuvre effective par les autorités reste floue.

Contact presse

Anne BOISSE

Chargée des relations presse
Transparency International France
anne.boisse@transparency-france.org
01 86 95 36 01 – 07 60 07 89 96