[Bonne pratique] LobbyCal : un outil innovant pour un lobbying transparent

Paris adopte LobbyCal : un outil innovant pour un lobbying transparent

Depuis le 1er janvier 2018, les élus de la capitale doivent publier leurs rendez-vous avec des représentants d’intérêts en utilisant l’outil en ligne LobbyCal, développé par Transparency International et adapté par la Mairie de Paris. En publiant les rendez-vous avec les lobbyistes sur une plateforme consultable par tous, Paris fait figure de ville pionnière. Une démarche volontaire qui va dans le sens d’une plus grande implication des citoyens dans la vie publique.

Qu’est-ce qu’un lobbying éthique ?

Les rencontres avec divers acteurs, qu’ils soient économiques ou sociaux, aient des intérêts privés ou publics, sont essentielles au débat démocratique : les élus sont de plus en plus confrontés à des enjeux complexes et techniques sur lesquels ils ont besoin de points de vue pluriels pour nourrir leur réflexion. Encourager une plus grande transparence de ces échanges permet d’en éviter les dérives, mais aussi de rompre avec une image caricaturale des activités d’influence, et in fine contribuer à restaurer la confiance dans les individus, dans leurs mandats, dans le débat et ses institutions. Selon un sondage réalisé par Viavoice pour Contexte et Transparency International France en mars 2014, 38% des Français estimaient qu’ils devraient pouvoir s’informer sur l’action des représentants d’intérêt dans le cadre de décisions politiques, notamment via le blog de leur élu.

Aller plus loin : les positions de Transparency International France pour un lobbying transparent et régulé.

Portrait de Daniel Freund est responsable plaidoyer Transparency EU
Daniel Freund, responsable plaidoyer à Transparency International EU

Interview de Daniel Freund, directeur du plaidoyer à Transparency International EU, à l’origine de l’outil LobbyCal

Pouvez-vous nous présenter rapidement LobbyCal ?

LobbyCal est né d’une collaboration entre le groupe politique des Verts du Parlement européen, qui a financé le développement de l’outil, et Transparency International qui a guidé sa conception puis sa mise en place.

LobbyCal est une plateforme qui permet à tous les représentants publics, désireux d’adopter sur une base volontaire une démarche transparente dans leurs responsabilités politiques, de rendre public leurs agendas professionnels et plus particulièrement leurs rendez-vous avec des représentants d’intérêts, autrement appelés des lobbyistes. Son intérêt majeur repose en ce qu’il est directement connecté au registre de transparence européen, permettant d’obtenir en un clic des informations sur le lobbyiste (entreprise, budget alloué au lobbying, ligne défendue, etc.).

Qui utilise le Lobbycal aujourd’hui ?

Le LobbyCal est couramment utilisé par le groupe politique européen des Verts, et on observe une mise en pratique par d’autres groupes politiques : soit ceux-ci utilisent le même outil, soit ils créent leur propre outil basé sur nos recommandations.

Nous espérons dans les prochains mois étendre le LobbyCal à tous les députés européens, notamment à travers la mise en place sur le site internet du Parlement européen d’un système de publication uniformisé des agendas : une procédure identique pour tous les députés, accessible sur un site unique en open data. L’ensemble des citoyens européens pourra ainsi accéder aux agendas de leurs représentants grâce à la traduction dans toutes les langues de l’Union européenne, et par conséquent augmenter la pression citoyenne pour une plus grande transparence de l’activité de chaque député.

Quelle est l’orientation générale des Etats membres de l’Union européenne concernant une plus grande transparence de la vie publique ?

Il y a plusieurs constatations : tout d’abord, les plus anciens Etat membres (France, Allemagne, Italie) sont en avance sur l’ensemble des pays de l’UE et dominent le lobbying européen de manière générale. Néanmoins, et c’est le deuxième point, il existe une tendance généralisée de l’opinion publique à se pencher sur cette question, tendance appuyée par une couverture médiatique européenne du sujet : il suffit de regarder le nombre de personnes signant les pétitions en ligne, ou visitant nos outils pour une plus grande transparence comme Integrity Watch. Enfin, on observe des efforts nationaux dans ce sens : l’Espagne, qui peine à adopter un registre de lobbying national, a pourtant des centaines de registres au niveau de ses communes. La Mairie de Paris est pionnière sur le territoire français en lançant ainsi son propre agenda en ligne qui reprend les lignes directrices du LobbyCal. Si pour l’instant Bruxelles est en tête de ligne, ce seront les lois nationales qui dans les prochaines années influenceront l’attitude de Bruxelles sur ce sujet. Aujourd’hui par exemple, un lobbyiste irlandais doit s’inscrire à la fois sur le registre national irlandais et sur le registre européen. Ce sont de véritables avancées pour l’Union européenne.