Biens mal acquis : le procès comme si vous étiez (semaine 2)

Semaine 2 : Au coeur du procès des biens mal acquis

Dix ans après notre premier dépôt de plainte, le procès qui nous oppose à Teodorin Obiang, Vice-Président de Guinée Equatoriale, s’est ouvert lundi 19 juin. Le fils du Président est accusé de s’être constitué un patrimoine considérable en France, en utilisant de l’argent public de Guinée Equatoriale. Le prévenu, qui ne s’est pas présenté devant le tribunal, encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement et une amende qui pourrait atteindre 50 millions d’euros.

Chaque semaine, nous vous tenons informés du procès…comme si vous y étiez.

Semaine 2 : des témoignages accablants

Le procès s’est poursuivi lundi 26 juin avec une audience très attendue. Le premier à s’exprimer fut Daniel Lebègue, Président d’honneur de Transparency International France. Il est revenu sur les raisons qui ont poussé notre association à entamer ce combat il y a près de 10 ans : faire en sorte que la France ne soit plus un abri et une place de blanchiment pour l’argent détourné de quelques dirigeants, soutenir ceux qui luttent contre la corruption dans leurs pays, parfois au péril de leur vie et enfin, permettre la restitution de l’argent détourné aux populations victimes.

Jusqu’au soir, les témoins ont été appelés à la barre. C’est ainsi que Tutu Alicante, citoyen équato-guinéen et directeur de l’ONG EG Justice, et Delfín Mokache, réfugié politique et journaliste en Espagne, ont décrit leur pays comme « un pays pris en otage par la famille Obiang » et son gouvernement comme « ‘un des plus répressifs et corrompus du monde ».Jean Merckaert est revenu quant à lui sur l’excellent rapport du CCFD Terre Solidaire à l’origine de la plainte des Biens Mal Acquis. L’occasion de rappeler quelques chiffres : 30 pays concernés, des milliards détournés et seulement 1% restitué.

Mercredi 28, le Tribunal s’est penché sur le coeur de l’affaire : l’origine et les voies de transit des fonds utilisés par Teodorin Obiang en France. On apprenait que les comptes personnels du prévenu auraient été crédités de 66 millions d’euros par des sociétés étrangères implantées en Guinée-Equatoriale. Ces opérations, si elles étaient prouvées, pourraient être assimilées à des faits de corruption. La défense a quant à elle remis en cause l’existence de certains versements.

Sans surprise, jeudi 29, les avocats de Teodorin Obiang ont tenté une ultime manoeuvre pour ralentir la procédure en soulevant une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Ils tentent de remettre en cause la compétence de la justice française à juger Teodorin Obiang. Qualifiée de « dilatoire » et « caricaturale » par la partie civile, le parquet a demandé le rejet de cette QPC. Quant au Tribunal, il ne se prononcera que ce mercredi.

« Nous sommes dans des petites stratégies jusqu’à la nausée », explique Me William Bourdon.

« Ce procès est un grand moment dans la lutte contre la grande corruption internationale », a déclaré Daniel Lebègue, représentant Transparency France. […] « L’objectif de Transparency France est de faire en sorte que la France ne soit plus un abri pour l’argent mal acquis et qu’il soit restitué aux citoyens équato-guinéens. »

Daniel Lebègue