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19 mars 2026

Episode 1 – Suivre L’argent : Dans les coulisses du Parquet National Financier avec Jérôme Simon

Dans cet épisode, plongez au cœur de la justice financière et du quotidien des magistrats qui traquent les flux financiers illicites. Pour en discuter, nous avons le plaisir d’accueillir Jérôme Simon, Premier vice-procureur au sein du Parquet national financier, qui est en première ligne dans la lutte contre la grande délinquance économique.

Retranscription de l’épisode

Bienvenue dans le podcast Où va l’argent ? de Transparency International France.
Je suis Charlotte Palmieri.
Et moi, Sara Brimbeuf.

Dans cet épisode, nous vous proposons une immersion au cœur de la justice financière et du quotidien des magistrats qui traquent les flux financiers illicites.

Pour en discuter, nous avons le plaisir d’accueillir Jérôme Simon. Vous êtes premier vice-procureur au sein du Parquet national financier, en première ligne dans la lutte contre la grande délinquance financière. Fort d’un parcours au sein de juridictions, mais aussi au ministère de la Justice, vous avez une expérience très diversifiée, susceptible de nous apporter un éclairage précieux sur les outils, les défis, mais aussi les limites des enquêtes sur lesquelles vous travaillez.


Alors, tout d’abord, en question d’introduction, nous aimons poser la question suivante à nos invités : nous avons décidé de nommer ce podcast Où va l’argent ? — qu’est-ce que cela vous inspire ?

Alors effectivement, c’est une très bonne question : où va l’argent, d’où vient l’argent ? C’est au cœur même de la mission du Parquet national financier que d’identifier les flux, notamment les flux illicites dans le cadre de la fraude fiscale, mais aussi du détournement d’argent public. À cette question, on serait tenté de répondre : « follow the money ». En tant que magistrat du PNF, avec l’ensemble de mes collègues, je suis à la recherche des meilleurs moyens de retrouver l’argent détourné, l’argent sale. Donc je crois qu’on est vraiment au cœur de la problématique de la lutte contre la délinquance en col blanc lorsque l’on pose cette question.


Une nouvelle donnée a été publiée le mois dernier : en 2025, la France occupe désormais la 27e place dans le classement de l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Ce score est en régression depuis plusieurs années. Êtes-vous surpris ? Doit-on y voir un signal d’alerte ?

Le fait de rétrograder est évidemment décevant. Mais il faut aussi prendre cet indice pour ce qu’il est : un indice de perception, qui reflète la manière dont nos concitoyens perçoivent l’action des pouvoirs publics.

Depuis 1995, Transparency International publie cet indice, élaboré à partir d’enquêtes auprès du monde des affaires et d’experts. Il mesure la perception du degré de corruption des responsables publics. C’est donc un indice subjectif. Il ne traduit pas nécessairement un recul des efforts. D’ailleurs, certaines évaluations montrent que la France a amélioré son action, notamment sur le plan judiciaire.

En revanche, cet indice révèle des attentes fortes de nos concitoyens, qui peuvent être déçus par un sentiment que les choses ne vont pas assez vite. C’est donc un appel à davantage de vigilance et d’investissement.

Ces dernières années, il y a eu des évolutions importantes : création du PNF en 2013, loi Sapin II, circulaires renforçant la lutte contre la corruption. Mais peut-être faut-il un nouvel élan pour répondre à ces attentes.


Vous avez mentionné la création du Parquet national financier en 2013. Comment fonctionne-t-il et en quoi a-t-il transformé la lutte contre la délinquance économique et financière en France ?

La spécialisation de la justice en matière de délinquance en col blanc est relativement récente. Elle remonte aux années 1980, avec de grands scandales.

Le PNF, créé en 2013, est un parquet spécialisé composé d’une vingtaine de magistrats. C’est une équipe resserrée, avec des compétences techniques fortes. Une particularité importante : le travail en binôme. Les magistrats travaillent toujours à deux sur les dossiers, ce qui permet un double regard sur des affaires complexes et sensibles.


Quelle place occupent aujourd’hui les organisations de la société civile, comme Transparency International France, dans ces affaires ?

Leur rôle est fondamental. Elles agissent comme des « vigies » en signalant des faits potentiellement infractionnels. Elles peuvent saisir le parquet ou se constituer partie civile. Elles ont joué un rôle clé dans plusieurs affaires, comme les « biens mal acquis ». Ce modèle est assez spécifique à la France. Peu de pays reconnaissent un rôle aussi actif aux ONG. Cela témoigne d’une certaine vitalité du système judiciaire français.


La convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) permet aux entreprises d’éviter un procès en négociant avec le parquet. Dix ans après sa création, quel bilan tirez-vous ?

La CJIP est désormais bien installée dans le paysage judiciaire. Au départ, elle suscitait des critiques, certains y voyant une manière « d’acheter son innocence ». Mais les montants en jeu sont très élevés — parfois des centaines de millions, voire des milliards d’euros. On est donc loin d’une justice bradée.

De plus, au PNF, nous avons développé une approche pédagogique : lors des audiences publiques, nous expliquons les faits, le calcul des amendes et les engagements des entreprises. Une question se pose aujourd’hui : faut-il étendre ce dispositif à d’autres infractions, comme les abus de marché ou les atteintes à la concurrence ?


Quelle est la place des victimes dans ces procédures ?

C’est un sujet complexe. Dans nos contentieux, il est souvent difficile d’identifier des victimes directes. Par exemple, en matière de corruption internationale, ce sont souvent des populations entières qui sont lésées, ce qui rend leur représentation difficile. Aujourd’hui, les ONG peuvent être indemnisées, mais essentiellement pour leurs frais. Des réflexions sont en cours pour mieux redistribuer les fonds aux populations concernées.


Le PNF a permis de récupérer plus de 12 milliards d’euros en dix ans. Pourtant, la justice financière reste sous-dotée. Comment l’expliquer ?

Le bilan est globalement positif. Mais pour aller plus loin, il faut des moyens supplémentaires. Le principal problème concerne les enquêteurs, en nombre insuffisant face à la complexité des dossiers. Une piste serait de créer un fonds alimenté par une partie des amendes, pour financer les moyens d’enquête.


Quels sont les défis en matière de coopération internationale ?

Ils sont majeurs. La plupart des dossiers impliquent des flux transnationaux. Certains pays coopèrent mal, ce qui complique les enquêtes. Il faut alors trouver des stratégies alternatives. Des progrès existent, notamment grâce à l’action diplomatique et aux magistrats de liaison, présents dans de nombreux pays pour faciliter la coopération.


Les critiques contre l’autorité judiciaire semblent se multiplier. Partagez-vous ce constat ?

Oui, c’est un sujet préoccupant. On observe des remises en cause de l’État de droit et de l’indépendance de la justice. Mais cela fait partie du débat démocratique. Il faut garder confiance dans la maturité des citoyens et dans l’importance de la séparation des pouvoirs.


Pouvez-vous nous parler de votre parcours et du métier de magistrat ?

C’est un métier passionnant, avec un fort sens du service public. Il offre une grande diversité de parcours : juridictions, administration centrale, fonctions spécialisées… C’est un métier intellectuellement riche, au cœur des enjeux de société.


Un souvenir marquant de votre carrière ?

Je pense à deux « premières fois » :

  • Ma première audience aux assises, très impressionnante face à la représentation du peuple.
  • Ma première expérience à l’Assemblée nationale, aux côtés du garde des Sceaux, dans un contexte très intense.

Jérôme Simon, merci beaucoup pour cet échange.
Merci à vous.


C’était Où va l’argent ?, le podcast de Transparency International France.
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