Le Premier ministre Sébastien Lecornu a donné le ton dès la composition des deux gouvernements successifs nommés : l’exigence d’exemplarité n’est plus de mise. Les décrets d’attribution des ministres publiés cette semaine viennent confirmer nos points d’alertes. Ils fixent pour chaque ministre les compétences, services et politiques publiques placés sous sa responsabilité. Or, un changement protocolaire passé inaperçu fragilise encore davantage l’action de la France dans la lutte contre la corruption.
C’est désormais la ministre chargée des comptes publics, Amélie de Montchalin, qui est chargée de la lutte contre la corruption (affichée en dernière position dans le décret d’attribution tel que rédigé) conjointement avec le Garde des Sceaux. Auparavant, c’était le ministre de l’économie et des finances , plus haut dans l’ordre protocolaire – arguant d’un rôle stratégique sur la conduite des politiques publiques – qui en avait la charge avec le Ministère de la Justice. Cela traduit donc une rétrogradation protocolaire à la portée symbolique forte suggérant que la lutte contre la corruption n’est plus au centre des préoccupations.
C’est une ligne rouge qui survient au mauvais moment alors que la France a connu un recul inédit de son score dans l’Indice de Perception de la corruption publié par Transparency International, traduisant une inquiétude croissante sur la capacité du pays à prévenir et sanctionner les dérives. Dans un contexte marqué par le délibéré du procès des financements libyens, ou un ancien Président de la République, a été condamné en première instance pour la première fois dans l’histoire politique et judiciaire française, pour association de malfaiteur en vue de commettre un pacte de corruption et a été placé en détention pour ces faits.
Loin d’être un simple ajustement administratif, ce recul marque une tendance globale de vide stratégique qui s’installe durablement : la France ne dispose toujours pas d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption et ne pose pas les jalons d’une politique interministérielle cohérente et transversale pour renforcer l’intégrité publique. En plus d’envoyer un message préoccupant aux citoyens et citoyennes, l’ensemble affaiblit la voix de la France au niveau européen. Les initiatives clés qui visent à renforcer les valeurs de probité au sein des États membres autour d’une directive européenne de lutte anti-corruption ambitieuse et d’un corps d’éthique européens n’ont jamais été aussi fragiles. Dans ce paysage incertain, la France devrait parler d’une voix forte et claire au lieu d’affaiblir son dispositif national.