Le constat est sans appel : la France peine à promouvoir une culture du signalement de faits qui peuvent constituer des délits et des crimes graves, une menace ou un préjudice pour l’intérêt général, lesquels menacent l’intérêt collectif.
De récents faits, graves, qui auraient pu être mieux signalés, et qui portent atteinte aux plus vulnérables d’entre nous, témoignent de l’urgence à développer en France une véritable culture de l’alerte.
Nous pouvons tous être vigilant pour protéger l’intérêt général dès lors que, de bonne foi, nous signalons des faits, des comportements dont nous sommes les témoins, et ce même partiellement.
La loi existe. Elle crée un cadre légal qui explicite les conditions d’une alerte et les mesures de protection pour les lanceurs d’alerte qui peuvent agir dans le cadre d’une entreprise, d’un service public ou d’une collectivité publique. Le 21 mars 2022, la France s’est même dotée d’une législation robuste et ambitieuse qui permet à chacun d’entre nous de pouvoir nous exprimer, sans subir, en théorie, de mesures de représailles pour signaler des faits pouvant constituer des crimes, des délits, des violations graves de l’intérêt général dont nous aurions eu connaissance, sans en être la victime.
Pour les entreprises ou collectivités publiques ou les administrations de l’État de plus de 50 salariés, un dispositif de recueil des signalements, de traitement et de protection des lanceurs d’alerte est obligatoire.
Cependant, la mise en œuvre n’est pas satisfaisante.
Dans son rapport bi-annuel publié le 28 mai 2026, le Défenseur Des Droits, autorité en la matière, constate que la culture de l’alerte demeure insuffisante en France. C’est d’ailleurs l’intitulé de son rapport : « La protection des lanceurs d’alerte en France : un dispositif à l’épreuve de son appropriation ». Le constat est clair : les dispositifs existants manquent de lisibilité et de visibilité, le réflexe du signalement n’est pas encore ancré – malgré une hausse des signalements – et les moyens alloués sont insuffisants. L’enjeu est pourtant grand. Il est d’intérêt général d’assurer une large diffusion du bénéfice collectif à disposer de lanceurs d’alerte, de rendre la démarche accessible et sécurisée, et de faire connaître les protections de la loi.
La culture de l’alerte ne se décrète pas
Derrière ces constats, des enjeux culturels et des moyens qui font défaut : la culture de l’alerte nécessite des actions concrètes portées par une pédagogie grand public et une parole forte au plus haut niveau de l’État.
Pour que chaque citoyen, salarié, fonctionnaire, où qu’il se trouve, puisse pleinement jouer son rôle de vigie, il faut une politique publique portée au plus haut niveau à la hauteur des enjeux que l’alerte protège, afin que chacun soit informé de ce qu’est une alerte, auprès de qui il est possible de la formuler, au moyen de dispositifs unifiés, simples à saisir et lisibles, en ayant l’assurance que l’alerte sera traitée sans avoir à subir des mesures de représailles. Il est urgent de promouvoir la figure du lanceur d’alerte, citoyen responsable qui agit dans l’intérêt général parce qu’il a connaissance de faits qui menacent l’ensemble de la collectivité.
Pour cela, il faut que les conditions pour s’exprimer, pour signaler soient réunies : que chacun sache qu’il est autorisé à le faire, même si son appréciation des faits n’est que partielle, même s’il se trompe, dès lors qu’il agit de bonne foi c’est-à-dire sans intention de nuire. Il faut ensuite savoir où déposer son signalement (oral ou écrit) et auprès de qui. Enfin, il faut que l’alerte soit entendue et traitée et le lanceur d’alerte protégé et valorisé au sein des entités dans lesquelles il travaille. Alerter ne doit pas constituer un risque
Construire une culture de l’alerte requiert des moyens humains et financiers. Ce n’est pourtant pas le cas aujourd’hui. Au terme de la loi du 21 mars 2022, le lanceur d’alerte devait pouvoir bénéficier d’un soutien moral et financier. Cela n’a jamais été déployé.
Mettre en œuvre une culture de l’alerte, c’est s’assurer que dans le doute, le réflexe citoyen sera de signaler : dans son entreprise, dans sa collectivité, comme fonctionnaire, et aussi comme citoyen responsable.
Lancer une alerte n’est pas accuser. C’est aux autorités qui réceptionnent une alerte d’enquêter et d’y donner les suites qu’elles estiment nécessaires. Le lanceur d’alerte, qui signale des faits dont il estime, de bonne foi qu’ils sont dysfonctionnels, doit être soutenu, encouragé et protégé contre toute mesure de représailles parce qu’il protège notre société de ses dysfonctionnements.
Donnons-nous les moyens de promouvoir une culture de l’alerte.
Transparency International France propose un accompagnement juridique aux citoyens victimes ou témoins de faits de corruption, qui souhaitent signaler des faits intervenus dans leur vie professionnelle ou personnelle.
En 2025, 210 signalements ont été traités. Le Centre d’assistance juridique et d’action citoyenne (CAJAC) bénéficie d’un partenariat avec Lexis Nexis qui lui permet une analyse juridique des dossiers renforcée.



