Le discours de politique générale de Sébastien Lecornu, nommé pour la seconde fois consécutive Premier ministre, intervient dans un contexte de crise politique majeure marqué par une défiance profonde des citoyens envers leurs représentant.e.s. Son intention de « surpasser et de dépasser cette crise qui sidère, avec sobriété et humilité » risque de se transformer en vœux pieux si l’exigence d’intégrité de la vie publique continue à être ignorée des priorités.
Une composition du Gouvernement en contradiction avec l’objectif affiché d’exemplarité
Quelques semaines après la mesure symbolique de suppression des avantages des anciens Premiers Ministres, l’objectif d’exemplarité paraît désormais lointain. A rebours du discours sur le changement de méthode et la rupture, la nomination de personnalités mises en cause – comme celle de Mme Rachida Dati visée par plusieurs procédures pour corruption et non-déclaration d’avantages – affaiblit la crédibilité du message de responsabilité. C’est une nouvelle occasion manquée de donner corps à la promesse d’une République exemplaire.
Au-delà du renoncement à la nomination de Ministres mis en examen, comme nous l’appelions de nos vœux au travers de notre pétition, Transparency France a alerté le Premier Ministre quant à l’urgence d’instaurer les conditions d’un réflexe gouvernemental de probité, en créant un poste de déontologue de l’exécutif, en exigeant une publication systématique et plus rapide des déclarations d’intérêts, de patrimoine et des décrets de déport pour tous les membres du Gouvernement afin de pallier à l’allongement actuel des délais … A date, ces demandes de bon sens semblent rester lettre morte.
L’urgence démocratique d’un sursaut d’intégrité passée sous silence
Lors de son discours de politique générale, le Premier Ministre a réaffirmé sa volonté d’engager d’ambitieuses réformes avant l’échéance de la prochaine élection présidentielle prévue en 2027. Comme lui, Transparency France est convaincue que la période qui s’ouvre est décisive pour notre démocratie en vue de rétablir la confiance des citoyens vis-à-vis des décideurs publics, d’ériger les digues permettant de préserver notre Etat de droit et de renforcer les moyens pour combattre la corruption qui menace à tous les niveaux.
Toutefois, les ambitions présentées par le Premier Ministre ne semblent aucunement tirer les leçons de la déflagration produite par la condamnation – pour la première fois dans l’histoire politique française- d’un ancien président de la République pour association de malfaiteurs et de deux anciens ministres pour des faits d’une gravité exceptionnelle à l’issue du procès des financements libyens. Pour y remédier, Transparency réitère son appel à :Adopter une véritable stratégie nationale de lutte contre la corruption à l’heure ou la France dégringole de 5 places dans notre Indice de perception de la corruption.Engager une réforme ambitieuse du financement de la vie politique avec la tenue d’Etats généraux pour engager une réflexion à la fois sur la modernisation de nos autorités de contrôle de la vie publique et sur les risques soulevés par le financement de structures métapolitiques à même de porter atteinte à l’intégrité et à l’équité dans les processus électoraux.
Placer la probité au cœur de l’action gouvernementale est indispensable pour restaurer le lien entre gouvernants et gouverné·es et garantir le respect de l’État de droit. Cette exigence doit être prise en compte sans délai.
“ La simplification, la confiance citoyenne, la stabilité institutionnelle, le pouvoir d’agir du Parlement : tous les concepts listés par le Premier ministre sonneront faux si l’action gouvernementale ne repose pas sur un socle d’intégrité solide qui fonde précisément sa légitimité démocratique.”
Diane Semerdjian, responsable de plaidoyer vie publique
Contact presse :Diane Semerdjian : diane.semerdjian@transparency-france.org, 06 64 45 40 89