Patrick Lefas succède à Marc-André Feffer à la présidence de Transparency International France

A l’occasion de l’Assemblée générale du 28 septembre, Patrick Lefas devenu administrateur de Transparency France, prend la succession de Marc André Feffer, Président de l’association depuis 2017.

Si le visage de l’association change, le nouveau président entend poursuivre les actions menées par son prédécesseur et accompagner l’association dans ses missions de lutte contre la corruption.

Entretien croisé.

Marc-André Feffer, vous avez passé 3 ans à la tête de Transparency International France, l’une des premières sections créées au sein du mouvement Transparency International il y a plus de 25 ans maintenant. Quel bilan tirez-vous de votre mandat ?

Après les avancées majeures qu’a constitué la mise en place de la Haute Autorité pour la Transparence de la vie Publique, le Parquet national Financier, l’Agence Française Anticorruption, mais aussi par exemple la reconnaissance en France des lanceurs d’alerte, l’enjeu était d’aider tous les acteurs de la vie publique et de l’économie à mettre en œuvre leurs nouvelles obligations et adopter les meilleurs standards en matière de lutte contre la corruption. C’est dans cette optique que nous avons développé le Forum des Entreprises engagées et créé, pour les collectivités locales, un Forum des Collectivités engagées pour lequel nous nourrissons une réelle ambition. Leurs membres s’engagent contre la corruption et échangent sur les bonnes pratiques. Nous comptons sur les acteurs les plus motivés pour créer un effet d’entrainement en faveur de l’éthique et de la probité

Ces années ont aussi été marquées par une victoire sans précédent dans l’affaire des « biens mal acquis » en France par la condamnation de Teodorin Obiang, vice-président et fils de l’actuel président de la Guinée équatoriale. Condamné en 2017 en première instance, à 3 ans de prison avec sursis, 30 millions d’amende avec sursis et la confiscation de tous ses biens en France, Teodorin Obiang a vu sa peine confirmée par la cour d’appel de Paris en février dernier. Cette nouvelle condamnation ne marque pas la fin du marathon judiciaire dans lequel nous nous sommes engagés il y a plus de dix ans en nos portant partie civile, mais elle constitue un signal fort et encourageant. Elle appelle maintenant la mise en place d’une législation sur la restitution aux populations victimes des avoirs illicites confisqués, législation pour laquelle nous menons depuis plusieurs années un plaidoyer actif auprès du gouvernement et du Parlement.

Nos efforts ont également porté sur la nécessité, au-delà des avancées de la loi Sapin2, de mieux connaitre et encadrer l’activité de lobbying et d’obtenir des élus et dirigeants publics la transparence de leurs rendez-vous avec les lobbies. Il est crucial de progresser sur ce terrain pour restaurer un minimum de confiance dans l’action publique ;

Pour autant je dois reconnaitre aujourd’hui une réelle inquiétude. En effet si nous sommes mieux armés et plus déterminés que jamais pour combattre les manquements à la probité, cela ne suffit pas à répondre à la défiance citoyenne. En effet, les signaux sont au rouge, nos concitoyens expriment une réelle appréhension, face à leur perception d’un environnement qui persiste à être marqué par la corruption. Du coté des pouvoirs publics je sens également un essoufflement certain de la dynamique qui s’était manifestée avec les lois de 2016 et 2017. Je crains également que la crise sanitaire et l’urgence ne servent trop souvent de prétexte à des reculs en arrière durables et préoccupants en matière de transparence de l’action publique. Cela ne fait que renforcer la nécessité d’agir d’une association comme Transparency au sein de laquelle je reste par ailleurs investi et mobilisé en tant qu’administrateur.

Patrick Lefas, votre carrière témoigne d’un très fort investissement en faveur de l’intérêt général, comment votre engagement à la tête de Transparency international France s’inscrit-il dans votre parcours ?

Il est vrai que j’ai mis ma carrière au service de l’intérêt général et ai toujours veillé à l’efficacité et à l’amélioration des mécanismes de probité ainsi qu’à la lutte contre la fraude fiscale, à la juste utilisation de l’argent public. Aujourd’hui, prendre la présidence de Transparency International France me permet de prolonger cet engagement.

Cette association occupe une place unique dans le paysage politique français : par son expertise, elle est un partenaire des pouvoirs publics, des autorités et institutions chargées de défendre la probité, l’éthique et la transparence et d’en sanctionner les mésusages. Mais cette expertise n’est pas mise à la seule disposition du législateur. Elle est partagée avec tous les acteurs : entreprises, collectivités territoriales, victimes ou témoins de faits de corruption et grand public. Il est dans notre mission de convaincre tous ces acteurs de la nécessité d’éradiquer la corruption et de les accompagner du mieux possible. Cette approche globale est la force de Transparency International. L’intégrité de la vie publique repose sur trois piliers : le cadre légal, les bonnes pratiques et les exigences citoyennes. Si un des piliers est trop bas ou trop fragile, l’édifice est déséquilibré. Je veux contribuer non seulement à consolider l’édifice, mais aussi à le développer.

Vous allez donc poursuivre la stratégie de votre prédécesseur ?  

Ces 3 dernières années, Marc André Feffer a conduit son action avec pugnacité et efficacité pour que la parole de Transparency France soit entendue et respectée. Je continuerai à porter cette même voix avec l’ensemble de l’équipe de permanents et les administrateurs tous bénévoles de l’association : celle de l’exigence, et du sérieux qui caractérisent notre organisation et notre engagement.

Je souhaite que Transparency France continue son action pour développer l’intégrité de la vie publique, protéger et soutenir les citoyens contre la corruption, agir en France pour réduire l’impact de la corruption mondiale et diffuser une culture de l’éthique et de l’intégrité tant auprès des décideurs politiques et des managers des administrations publiques et des entreprises, que du grand public.

La transparence de la vie publique comme moyen d’éradiquer la corruption s’est progressivement imposée dans le quotidien de nos dirigeants. Les autorités de contrôle et de sanction existent, mais sont perfectibles. Leurs missions doivent être mieux définies et leurs moyens renforcés. Lanceurs d’alerte, journalistes, ONG et citoyens sont également prêts à jouer leur rôle pour veiller à la probité des décideurs publics. L’objectif est dorénavant de convaincre ces derniers de suffisamment prévenir et anticiper les risques pour ne plus se contenter de légiférer au rythme des « affaires ».