Plusieurs maires entrant en fonction prennent des engagements concrets aux côtés de Transparency International France à l’issue de la campagne #MaVilleIntègre. Dans un contexte où les enjeux d’intégrité de la vie publique ont été peu présents dans les débats et les programmes électoraux, cette mobilisation marque un premier tournant vers une gouvernance locale plus exemplaire.
Dans un contexte politique où la confiance envers les représentants nationaux ne cesse de s’éroder, le maire demeure la personnalité politique à laquelle les Français·es accordent le plus de crédit. Selon le baromètre du CEVIPOF1, 60 % d’entre eux continuent de lui faire confiance, un capital précieux qui repose sur la proximité, mais qui exige en retour exemplarité et transparence. Ce socle reste toutefois fragile : l’abstention record, 43,8 % au premier tour et 42,1 % au second, illustre une réserve et une lassitude qui touchent désormais le niveau local.
Cette vigilance des citoyen·nes se justifie pleinement : les collectivités ne sont pas exemptes d’atteintes à la probité. Bien au contraire, selon l’Agence française anticorruption (AFA)2, près d’un tiers des affaires impliquent des élus locaux. Ce constat rappelle que l’intégrité est un levier crucial pour prévenir la corruption et restaurer la crédibilité des institutions auprès des citoyen·nes.
La campagne #MaVilleIntègre : une méthodologie qui a déjà fait ses preuves
En février 2026, l’association lance sa campagne #MaVilleIntègre et publie son rapportproposant 10 engagements pour renforcer l’intégrité locale dans les collectivités de plus de 50 000 habitants. Dans 90% des collectivités engagées, l’ensemble des engagements ont été pris. Notre cartographie interactive recense les maires qui se sont mobilisés, détaille leurs engagements, indique leur couleur politique et permet de visualiser géographiquement l’ensemble des collectivités concernées. Comme pour la précédente mandature,l’ONG s’assurera d’évaluer la mise en œuvre des engagements pris et publiera les actions implémentées par les élu.es.
En 2020, 27 maires s’étaient engagés et ont mis en place diverses mesures : plan de prévention des risques de corruption à Lyon, transparence totale des règles d’attribution des subventions aux associations à Cannes ou encore publication des rencontres d’élus avec des représentants d’intérêt à Nantes. Ces bonnes pratiques illustrent comment les engagements se traduisent concrètement au service de la vie des citoyen.nes. En 2026, ce sont de nouveau 27 maires qui s’engagent avec Transparency International France, dont 11 déjà engagés en 2020 et 16 nouvelles têtes de listes, preuve que la démarche s’inscrit dans la durée, produit des effets tangibles et qu’une culture de l’éthique publique se met en place progressivement.
Cette stabilité doit faire la démonstration que l’intégrité n’est pas une initiative ponctuelle mais un levier capable de transformer les pratiques municipales et d’influencer l’ensemble des élu.es vers une gouvernance plus rigoureuse et responsable dès le début de leur mandat. Mais cette dynamique doit servir de modèle pour encourager d’autres collectivités à se saisir des enjeux de probité pour bâtir une gouvernance crédible.
Qui s’est engagé avec Transparency International France ? Des disparités politiques et géographiques
L’ONG et son équipe de bénévoles ont interpellé plus de 500 listes dans près de 130 villes de plus de 50 000 habitants. À l’aube du premier tour, plus de 120 listes s’étaient engagées, soit plus de 20 % des listes sollicitées. Après fusions, désistements et qualifications pour le second tour, 80 listes restaient engagées. Au terme des deux scrutins, 27 maires élus ont désormais la responsabilité de mettre en œuvre ces engagements dans leurs collectivités et de contribuer au renforcement de la démocratie locale.
L’ONG regrette que cette mobilisation ne concerne pas l’ensemble du spectre politique. En effet, on observe une large prédominance de la gauche : 63 % des maires engagés appartiennent à cette famille politique contre 18 % pour les maires de droite. Les listes d’extrême droite, du centre, et d’extrême gauche sont quasiment absentes des collectivités engagées. Avant le premier tour, moins de 10 % des listes engagées provenaient de la droite, soulignant un signal d’alerte sur le portage politique des enjeux de probité.
Près de 70 % des 27 collectivités engagées comptent plus de 100 000 habitants, témoignant d’un fort dynamisme des grandes métropoles. Certaines régions se distinguent particulièrement : la Provence-Alpes-Côte d’Azur comptait plus de 20 listes engagées avant le premier tour, alors même qu’elle figure parmi les territoires les plus exposés aux atteintes à la probité. À l’inverse, la Corse et les collectivités d’Outre-mer restent largement absentes malgré quelques listes engagées avant le premier tour, et alors même que ces territoires présentent les niveaux les plus élevés d’atteintes à la probité.
Parmi les engagements proposés par l’association, certains font l’unanimité, notamment celui de garantir la transparence totale dans les règles d’attribution des subventions aux associations (engagement 7 dans notre rapport). En revanche, d’autres engagements suscitent davantage de réticences. C’est le cas de l’engagement 6, qui prévoit la publication sous forme d’agenda ouvert des rencontres entre les élus et les représentants d’intérêts. Cet engagement est pris dans 77 % des cas, contre une moyenne de 90 % pour les autres. Sur le mandat municipal de 2020, sa mise en œuvre n’a été respectée que dans 50 % des cas. Cette réticence peut s’expliquer, notamment, par la crainte de réactions publiques négatives, ou de nuisances quant à la confidentialité des échanges.
Pourtant, ces engagements poursuivent le même but : les collectivités mettent en place des mécanismes complémentaires de transparence et de contrôle, à la fois sur l’allocation des fonds publics et sur les interactions entre élus et acteurs externes permettant ainsi de prévenir les conflits d’intérêts, de limiter l’influence indue et de renforcer la confiance des citoyen.nes dans les décisions locales.
La lutte contre la corruption, une priorité transpartisane
Une étude récente de l’Institut Terram3 souligne que les élections municipales de 2026 ne doivent pas être réduites à un simple « test » de la présidentielle à venir, mais qu’elles constituent un diagnostic des transformations profondes de la vie politique locale : entre érosion de la mobilisation électorale ainsi qu’un recul de l’identification et de la notoriété des maires (60 % des personnes interrogées peuvent citer leur nom, contre 74 % en 2017) et de l’identification de leur couleur politique décline fortement (avec un recul de 16 points depuis 2020, à 47 %). Cette lecture combinée aux résultats de la campagne #MaVilleIntègre constitue des outils précieux pour percevoir les attentes sociales et orienter positivement les stratégies des collectivités vers une gouvernance de proximité, à l’écoute des signaux faibles d’érosion démocratique.
La probité, grande absente des thématiques de campagne, a été devancée par des sujets tels que la sécurité ou la propreté. Or, comme le rappelle Patrick Lefas, président de l’ONG Transparency International France “Les engagements en matière de sécurité et de propreté, fréquemment mis en avant lors des campagnes municipales ne peuvent avoir de portée réelle, sans une politique rigoureuse et efficace de lutte contre la corruption”.
Au-delà, Transparency rappelle que le combat pour l’intégrité est avant tout un enjeu transpartisan. Garantir la transparence et l’exemplarité ne doit pas dépendre d’une sensibilité politique particulière : il doit s’agir d’une priorité partagée car la corruption n’a jamais et ne sera jamais l’apanage d’un seul camp.
- En qu[o]i les Français ontils confiance aujourd’hui ? Le baromètre de la confiance politique, vague 17 février 2026, Sciences Po CEVIPOF et OpinionWay https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/Barometre_confiance_CEVIPOFVague17_fev2026_vd1.pdf ↩︎
- Publication du rapport d’activité 2024 de l’Agence française anticorruption, https://www.agence-francaise-anticorruption.gouv.fr/fr/publication-rapport-dactivite-2024-lagence-francaise-anticorruption ↩︎
- Municipales : les prémices de la présidentielle ?, Institut Terram, https://institut-terram.org/publications/municipales-les-premices-de-la-presidentielle/ ↩︎